1 – Diviseurs et multiples

L'arithmétique étudie les nombres entiers. On travaille dans \(\mathbb{Z} = \{\ldots\ ;\ -2\ ;\ -1\ ;\ 0\ ;\ 1\ ;\ 2\ ;\ \ldots\}\), l'ensemble des entiers relatifs. Elle remonte aux Éléments d'Euclide (IIIe siècle av. J.-C.) et sert aujourd'hui en cryptographie et dans les codes de contrôle.
Définition 1 : Soient \(a\), \(b \in \mathbb{Z}\). On dit que \(a\) divise \(b\) s'il existe un entier relatif \(k\) tel que \(b = ka\). On note \(a \mid b\).
On dit aussi que \(a\) est un diviseur de \(b\), que \(b\) est un multiple de \(a\), ou que \(b\) est divisible par \(a\).
Remarques :
• \(a \mid b\) est une affirmation (vraie ou fausse), et non un nombre : ne pas confondre \(a \mid b\) avec la fraction \(\dfrac{b}{a}\).
Pour \(a \neq 0\) : \(a \mid b \Leftrightarrow \dfrac{b}{a} \in \mathbb{Z}\).
• \(0\) est multiple de tout entier (\(0 = 0 \times a\)), mais \(0\) ne divise que \(0\).
• \(1\) et \(-1\) divisent tout entier ; tout entier \(a\) divise \(a\) et \(-a\).
• \(a \mid b \Leftrightarrow (-a) \mid b \Leftrightarrow a \mid (-b)\) : les diviseurs d'un entier vont par paires opposées. On cherche donc les diviseurs positifs, puis on ajoute leurs opposés.
Exemple 1 :
a) \(-6\) divise-t-il \(42\) ? \(4\) divise-t-il \(30\) ?
b) Montrer que pour tout \(n \in \mathbb{Z}\), \(3\) divise \(6n + 9\).

a) \(42 = (-7) \times (-6)\) avec \(-7 \in \mathbb{Z}\), donc \(-6 \mid 42\).
En revanche, \(\dfrac{30}{4} = 7{,}5 \notin \mathbb{Z}\), donc \(4\) ne divise pas \(30\) : on note \(4 \nmid 30\).
b) \(6n + 9 = 3(2n + 3)\) et \(2n + 3\) est un entier relatif : donc \(3 \mid 6n + 9\).
Propriété 1 : Soient \(a\) et \(b\) deux entiers avec \(b \neq 0\). Si \(a \mid b\), alors \(|a| \leq |b|\). En particulier, un entier non nul n'a qu'un nombre fini de diviseurs.
Démonstration Si \(a \mid b\), on a \(b = ka\) avec \(k \in \mathbb{Z}\). Comme \(b \neq 0\), on a \(k \neq 0\), donc \(|k| \geq 1\) et \(|b| = |k| \times |a| \geq |a|\). □
Méthode (lister les diviseurs d'un entier \(n \geq 1\)) : on teste les entiers \(d\) de \(1\) à \(\sqrt{n}\) ; chaque diviseur \(d\) trouvé fournit le couple \(\left( d\ ;\ \dfrac{n}{d} \right)\) car \(n = d \times \dfrac{n}{d}\). On ajoute ensuite les opposés.
Exemple 2 :
Déterminer l'ensemble des diviseurs de \(60\) dans \(\mathbb{Z}\).

• \(\sqrt{60} \approx 7{,}7\) : on teste \(d\) de \(1\) à \(7\). \[\begin{aligned} 60 &= 1 \times 60 = 2 \times 30 = 3 \times 20 \\ &= 4 \times 15 = 5 \times 12 = 6 \times 10 \end{aligned}\] et \(7 \nmid 60\).
• Diviseurs positifs : \(1\ ;\ 2\ ;\ 3\ ;\ 4\ ;\ 5\ ;\ 6\ ;\ 10\ ;\ 12\ ;\ 15\ ;\ 20\ ;\ 30\ ;\ 60\) (12 diviseurs).
• Dans \(\mathbb{Z}\), \(60\) a donc \(24\) diviseurs : ces nombres et leurs opposés.
Exemple 3 :
Déterminer les couples \((x\ ;\ y)\) d'entiers naturels tels que \(x^{2} - y^{2} = 15\).

• \(x^{2} - y^{2} = 15 \Leftrightarrow (x - y)(x + y) = 15\). Comme \(x + y \geq 0\) et que le produit vaut \(15 > 0\), on a \(0 < x - y \leq x + y\).
• Les diviseurs positifs de \(15\) sont \(1\ ;\ 3\ ;\ 5\ ;\ 15\), d'où deux cas : \[\begin{cases} x - y = 1 \\ x + y = 15 \end{cases} \quad \text{ou} \quad \begin{cases} x - y = 3 \\ x + y = 5 \end{cases}\] qui donnent \((x\ ;\ y) = (8\ ;\ 7)\) ou \((x\ ;\ y) = (4\ ;\ 1)\).
• Vérification : \(64 - 49 = 15\) ✓ et \(16 - 1 = 15\) ✓. Conclusion : \(S = \{(8\ ;\ 7)\ ;\ (4\ ;\ 1)\}\).
Remarque : Ce type d'équation dont on cherche les solutions entières est appelé équation diophantienne.

2 – Propriétés de la divisibilité

Propriété 2 : Soient \(a\), \(b\), \(c\) trois entiers relatifs.
• Transitivité : si \(a \mid b\) et \(b \mid c\), alors \(a \mid c\).
• Si \(a \mid b\), alors \(a \mid bc\).
• Si \(a \mid b\) et \(b \mid a\), alors \(a = b\) ou \(a = -b\).
Démonstration • Si \(b = ka\) et \(c = k'b\) avec \(k, k' \in \mathbb{Z}\), alors \(c = (k'k)a\) avec \(k'k \in \mathbb{Z}\), donc \(a \mid c\).
• De même \(bc = (kc)a\).
• Si \(b = ka\) et \(a = k'b\), alors \(a = k'ka\). Si \(a = 0\), alors \(b = 0 = a\).
Sinon, \(k'k = 1\) avec \(k, k'\) entiers, donc \(k = k' = 1\) ou \(k = k' = -1\) : \(b = a\) ou \(b = -a\). □
Propriété 3 (combinaisons linéaires) : Soient \(a\), \(b\), \(c\) trois entiers relatifs. Si \(a \mid b\) et \(a \mid c\), alors :
• \(a \mid b + c\) et \(a \mid b - c\).
• Plus généralement, pour tous entiers relatifs \(u\) et \(v\) : \(a \mid bu + cv\).
Remarque : \(bu + cv\) est appelée une combinaison linéaire de \(b\) et \(c\).
Démonstration Il existe \(k, k' \in \mathbb{Z}\) tels que \(b = ka\) et \(c = k'a\). Alors : \[bu + cv = kau + k'av = (ku + k'v)a\] avec \(ku + k'v \in \mathbb{Z}\), donc \(a \mid bu + cv\). □
Point de vigilance : les réciproques de ces deux propriétés sont fausses.
Contre-exemples : \(3 \mid 4 + 5\), mais \(3 \nmid 4\) et \(3 \nmid 5\). De même, \(6 \mid 3 \times 4\), mais \(6 \nmid 3\) et \(6 \nmid 4\).
Méthode (trouver les entiers \(n\) tels que \(n + a\) divise une expression) : on fait apparaître une combinaison des deux expressions qui ne dépend plus de \(n\). On obtient une condition nécessaire ; on vérifie ensuite chaque valeur trouvée.
Exemple 4 :
Déterminer les entiers naturels \(n\) tels que \(n + 1\) divise \(n + 5\).

• Si \(n + 1 \mid n + 5\) : comme \(n + 1 \mid n + 1\), \(n + 1\) divise la différence \((n + 5) - (n + 1) = 4\).
Or \(n + 1 \geq 1\), donc \(n + 1 \in \{1\ ;\ 2\ ;\ 4\}\), soit \(n \in \{0\ ;\ 1\ ;\ 3\}\).
• Réciproquement : \(n = 0\) : \(1 \mid 5\) ✓ ; \(n = 1\) : \(2 \mid 6\) ✓ ; \(n = 3\) : \(4 \mid 8\) ✓.
• Conclusion : \(S = \{0\ ;\ 1\ ;\ 3\}\).
Exemple 5 :
Déterminer les entiers relatifs \(n\) tels que \(n - 2\) divise \(3n + 1\).

• Si \(n - 2 \mid 3n + 1\) : comme \(n - 2 \mid 3(n - 2) = 3n - 6\), \(n - 2\) divise \((3n + 1) - (3n - 6) = 7\).
Donc \(n - 2 \in \{-7\ ;\ -1\ ;\ 1\ ;\ 7\}\), soit \(n \in \{-5\ ;\ 1\ ;\ 3\ ;\ 9\}\).
• Réciproquement : \(-7 \mid -14\) ✓ ; \(-1 \mid 4\) ✓ ; \(1 \mid 10\) ✓ ; \(7 \mid 28\) ✓.
• Conclusion : \(S = \{-5\ ;\ 1\ ;\ 3\ ;\ 9\}\).

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